Le landerneau politique sénégalais est en pleine ébullition, suspendu à une formule qui tourne en boucle : « Sama xél Téyy Na » Pourtant, derrière cette apparente sérénité affichée par les partisans d’Ousmane Sonko, les derniers rebondissements de l’affaire Ndiaga Seck et le mutisme inhabituel du leader de Pastef soulèvent d’immenses vagues d’interrogations.
Pourquoi un Ousmane Sonko, d’ordinaire si prompt à prendre d’assaut les réseaux sociaux ou à convoquer les médias, est-il resté totalement muet pendant 72 heures après son limogeage ? Et surtout, pourquoi ce désir ardent, coûte que coûte, de retourner sur les bancs de l’Assemblée nationale ?
Voici les clés pour comprendre les dessous de cette stratégie politique de haute voltige.
Le mystère des 72 heures de silence : Une stratégie du repli
Pour un homme politique dont la communication est l’arme principale, trois jours de silence radio après un limogeage équivalent à une éternité. Pas un communiqué, pas une conférence de presse. Ce mutisme cache en réalité une réorganisation interne :
Encaisser le coup et évaluer les risques : Ce limogeage rebat les cartes judiciaires et politiques. Le silence permet d’éviter les déclarations à chaud qui pourraient être retenues contre lui.
Préparer la riposte dans l’ombre : Loin des caméras, l’heure est aux consultations juridiques et stratégiques avec son premier cercle pour calibrer la suite des événements. 2. Le bouclier de l’immunité parlementaire : Une question de survie
Si Ousmane Sonko veut coûte que coûte retrouver son siège de député à l’Assemblée nationale, ce n’est pas par simple amour du débat parlementaire. C’est une affaire de survie politique et juridique.
Le blindage face à la justice : En redevenant parlementaire, Sonko acquiert une immunité. Cela signifie qu’il ne peut être poursuivi, arrêté ou traduit en justice sans que l’Assemblée nationale ne lève formellement ce statut. Face au dossier Ndiaga Seck et aux autres menaces judiciaires, ce siège est un gilet pare-balles indispensable.
Conserver une tribune officielle : Perdre son poste officiel l’isole. L’Assemblée nationale lui offre une légitimité institutionnelle, un micro permanent et un statut de leader de l’opposition protégé par la Constitution. Cependant, la réalité du terrain politique montre une course contre la montre. Entre le besoin viscéral de décrocher cette immunité parlementaire pour bloquer les procédures judiciaires et la nécessité de briser un silence qui commence à peser, Ousmane Sonko joue l’une des cartes les plus décisives de sa carrière. Reste à savoir si le peuple et les institutions le laisseront mener ce plan à son terme.
Par Cherif Beug Fallou (CBF)

