Pendant que la SDE ferme le robinet de l’Hôtel de Ville pour factures impayées et que les agents de l’état civil en pleurent de désespoir face à l’absence de toilettes fonctionnelles, le maire Babacar Diop débloque des millions de francs CFA pour financer le « Nguisteul » des ASC. Une gestion décriée qui met les Thiessois en colère.
Par la Rédaction
La situation ubuesque vécue ces derniers jours au cœur de la cité du rail illustre à nouveau le gouffre séparant les priorités des administrés de celles de leurs édiles. À la mairie de Thiès, l’eau ne coule plus. La Société des Eaux (SDE) a purement et simplement procédé à la coupure de l’alimentation en raison d’un défaut persistant de paiement des factures par l’institution municipale.
Une sanction radicale qui plonge le personnel et les usagers dans un dénuement total. Au service de l’état civil, point névralgique de la commune, le calvaire est quotidien. Les employés, réduits à verser des larmes de découragement, doivent faire face à une réalité insoutenable : l’absence totale de toilettes fonctionnelles, conséquence directe de cette coupure d’eau. Pour les citoyens qui affluent chaque jour pour leurs démarches administratives, c’est la douche froide — ou plutôt, l’absence totale de confort basique au sein de la maison du peuple.
Des millions pour le « Nguisteul », zéro soucis pour les factures vitales
Ce qui scandalise davantage les Thiessois, c’est le contraste saisissant entre cette faillite financière de la municipalité et les largesses du premier magistrat de la ville. Au moment même où la mairie se retrouve sous le coup d’une sanction pour impayés d’eau, le maire Babacar Diop n’a pas hésité à sortir de caisses municipales des millions de francs CFA.
Ces fonds substantiels ont été alloués aux traditionnels « Nguisteul » (soutiens financiers) destinés aux Associations Sportives et Culturelles (ASC) dans le cadre des activités de navétanes. Si le mouvement navétane reste un pan important de la jeunesse locale, l’opinion publique s’interroge avec amertume sur les priorités de l’ordonnateur des dépenses. Comment peut-on engloutir des millions dans le divertissement et le clientélisme politique tout en laissant l’administration municipale croupir dans une salubrité inacceptable, privée d’une ressource aussi élémentaire que l’eau ?
« C’est une honte pour notre ville, » s’indigne un acteur de développement local. « On ne peut pas comprendre qu’une mairie soit incapable de régler ses factures d’eau au point de subir une coupure humiliante, alors que le maire joue au grand donateur avec l’argent du contribuable pour des besoins de Nguisteul. »
La colère des Thiessois gronde
Cette gestion jugée calamiteuse cristallise aujourd’hui le ras-le-bol généralisé des populations face à ce qu’elles qualifient d’incompétence et de légèreté institutionnelle. Pour beaucoup de Thiessois, le constat est amer et lourd de désillusion envers celui qu’ils appellent désormais ironiquement le « soit-disant Maire ».
Entre des services municipaux au bord de l’asphyxie, un personnel humilié par des conditions de travail indignes du XXIe siècle, et des largesses financières dictées par l’opportunisme politique, la ville de Thiès mérite incontestablement mieux. Les habitants attendent des explications claires et exigent un redressement immédiat de la barre avant que l’image de la capitale du rail ne soit définitivement ternie par ces errements administratifs.
Cherif Beug Fallou (CBF)

