« Pratiquement plus de 71 000 personnes qui ont péri dans la traversée de l’océan entre 2014 et 2024, au niveau mondial. En 2024, le Sénégal a perdu 104 personnes dont les corps ont été retrouvés effectivement, et ça n’a rien à voir avec ceux qu’on n’a pas vus et qui sont restés dans l’océan et dans le désert ». Ces statistiques ont été données par le Secrétaire permanent du Comité interministériel de lutte contre la migration irrégulière (CILMI), qui trouve ces chiffres « alarmants » et pense qu’« il faut qu’on puisse quand même conjuguer nos efforts pour pouvoir lutter efficacement contre ce phénomène ».
Le Général Modou Diagne présidait, ce samedi 12 avril 2025, à Thiès, un panel organisé par l’Association «Sénégal Mo Gueun», avec comme objectif d’échanger autour des problématiques de l’immigration irrégulière, un fléau qui touche le Sénégal depuis plus d’une décennie, un danger fondamental pour la population. Il remarque que « le phénomène a engendré beaucoup de pertes en vies humaines, nonobstant les dangers et autres, notés tout au long du trajet. La traversée étant souvent jalonnée de violation de droits, de violences subies aussi bien par les hommes mais, également, d’abus sexuels sur les femmes, sans compter les violences contre les enfants ».
Ce surtout que, souligne-t-il, « depuis quelques années on assiste à une féminisation de cette immigration meurtrière. Ce ne sont plus uniquement des jeunes hommes qui partent, empruntant les pirogues, mais aussi des femmes et des jeunes, des mineurs et même des familles toute entière ». Face à ce danger, le Secrétaire permanent du Comité interministériel de lutte contre la migration irrégulière de noter que « l’État du Sénégal a quand même pris les dispositions pour lutter contre ce phénomène, à travers, d’abord, le volet législatif réglementaire, avec une loi de 2005 pour incriminer l’organisation de la migration irrégulière, donc les organisations qui cherchent à trafiquer les migrants ».
Général Modou Diagne de revenir également sur d’autres dispositions qui ont été prises notamment sur le plan institutionnel, avec la mise en place d’un comité interministériel de lutte contre la migration irrégulière chargé de coordonner les actions de l’ensemble des Ministères et Instituts compétents dans la lutte contre l’immigration irrégulière, la surveillance des frontières entre autres. Sans compter d’autres structures, comme l’armée, la marine, la gendarmerie nationale, la police nationale, les sapeurs-pompiers, l’association des maires du Sénégal, l’association des élus locaux, les partenaires techniques et financiers, le secteur privé, la Der, etc. Juste pour montrer, dit-il, « l’aspect inclusif que l’État a voulu donner à cet organe ».
Il est revenu sur l’importance des associations de migrants dans la lutte contre ce phénomène de l’immigration irrégulière, d’où, souligne-t-il, le sens du panel organisé par l’Association «Sénégal Mo Gueun». Des initiatives qu’il faut, pense-t-il, encourager, d’autant que « l’État est conscient qu’il faut agir au niveau de la base, constitué des communautés, des acteurs, des »bajaanu gox », des guides religieux, des chefs traditionnels, des membres d’associations sportives et culturelles, qui sont des acteurs sur lesquels l’État compte pour pouvoir mener à bien la lutte contre ce mal qui a causé de beaucoup de malheurs à des familles, à la jeunesse, à pratiquement toute la population sénégalaise ».
Le président de l’Association « Sénégal Mo Gueun », Adiouma Dia, rappelle que « cette activité est une action citoyenne qui vise à apporter notre modeste contribution à la réflexion sur ce fléau qui gangrène la société sénégalaise depuis longtemps. C’est aussi une occasion pour nous de tendre la main à toutes les autorités, aux leaders d’opinions, aux mouvements sportifs, aux jeunes qui ont déjà tenté l’expérience, pour qu’ensemble nous puissions trouver une solution salvatrice et pérenne à cette problématique de l’immigration irrégulière ».
Il insiste sur la nécessité de créer des conditions favorables à l’insertion des jeunes dans le monde du travail pour les retenir au pays, pour susciter de l’espoir et de la confiance chez ceux-là qui veulent tenter l’expérience à l’étranger, car il est bien possible de rester au Sénégal et d’y gagner sa vie dans la dignité. « Il faut une concertation de tous les acteurs de la chaîne pour pouvoir cerner la question et y trouver des solutions consensuelles », indique M. Dia, qui tend la main à toutes et à tous pour « éradiquer complètement ce fléau au bénéfice de tout le peuple sénégalais ».

