Le naufrage politique de Birame Souleye Diop, sacrifié sur l’autel du « Sonkoïsme » ?
THIÈS – En politique, le sacrifice par loyauté est une vertu qui, poussée à l’extrême, peut s’avérer suicidaire. C’est le constat amer qui s’impose aujourd’hui lorsque l’on examine la trajectoire de Birame Souleye Diop. Autrefois pièce maîtresse de l’échiquier de l’ex-PASTEF et figure de proue de la capitale du Rail, l’homme fort de Thiès Nord semble avoir entamé une descente aux enfers politique, littéralement « tué et enterré » politiquement par son propre mentor, Ousmane Sonko. Aujourd’hui, le constat est implacable : Birame Souleye Diop n’occupe plus absolument rien.
Des démissions en série pour plaire à un homme, non à la République
Le parcours de Birame Souleye Diop ces dernières années ressemble à une série de renoncements successifs, dictés non pas par les exigences de la République ou les aspirations de ses électeurs, mais pour satisfaire les desiderata d’Ousmane Sonko. D’abord installé à la mairie de Thiès Nord, où il portait les espoirs de toute une communauté, il choisit de démissionner. Élu ensuite député à l’Assemblée nationale, où sa voix résonnait avec force, il rend à nouveau son écharpe. Le motif ? Libérer ses mandats pour entrer dans le gouvernement, obéissant aveuglément à la règle de non-cumul imposée par la direction du parti. En vidant ainsi ses propres bases de leur substance, il a privilégié le plaisir d’un seul homme au détriment des mandats populaires qui lui avaient été confiés par les Thiessois.
L’erreur de calcul face au duo Sonko-Diomaye
Mais le plus grand faux pas de Birame Souleye Diop réside sans doute dans son erreur de vision stratégique. Il a misé tout son capital politique sur la solidité du duo Ousmane Sonko – Bassirou Diomaye Faye, un attelage dont les fissures et les tensions actuelles montrent une fin de cycle difficile. En ne prévoyant pas la tournure que prendraient les événements entre le Premier ministre et le Président de la République, Birame Souleye Diop se retrouve aujourd’hui sur la touche, victime collatérale d’une guerre de positionnement qui le dépasse.
Alors que les cartes sont redistribuées au sommet de l’État, l’ancien ministre se retrouve nu, sans fauteuil ministériel, sans siège à l’hémicycle, et sans mairie pour rebondir.
« Loy wah waa Thiès » : L’heure des comptes devant les Thiessois
Face à ce vide politique total, une question cruciale brûle toutes les lèvres dans la cité du Rail : que va-t-il devenir ?
« Loy wah waa Thiès Nord » (Qu’as-tu à dire aux populations de Thiès Nord ?)
C’est l’interrogation légitime que nous posons aujourd’hui. Comment Birame Souleye Diop compte-t-il justifier son retour devant les Thiessois ? Qu’ira-t-il dire à ces électeurs qu’il a abandonnés en cours de route pour suivre une trajectoire qui l’a mené à l’isolement actuel ?
Le réveil est brutal pour celui qui fut l’un des lieutenants les plus en vue du projet. Désormais sevré de pouvoir et de légitimité élective locale, son retour sur le terrain thiessois s’annonce d’une extrême complexité. Les populations, souvent fatiguées d’être les spectatrices de calculs politiciens déconnectés de leurs réalités, attendent de pied ferme des explications. L’avenir de Birame Souleye Diop s’écrit désormais en pointillés, au cœur d’une ville de Thiès qui n’aime pas qu’on lui tourne le dos.
Cherif Beug Fallou

