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Malgré la victoire du camp de Pastef le pays n’est pas à l’abri des soubresauts politiques.

Malgré la victoire du camp de Pastef le pays n’est pas à l’abri des soubresauts politiques.

A l’instar des Partis qui sont au pouvoir le Pastef baigne désormais dans les eaux troubles de la politique. On avait déjà abordé la question du bicéphalisme au sein de l’exécutif, et on tenait à y revenir. Alors même si le Président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko se sont entendus sur les termes de leur collaboration, il est encore à s’interroger, sur la part belle qui est accordée à Ousmane Sonko, dans le pilotage des affaires de l’Etat.

Le décret sur la répartition des services de Etat est sorti, mais au-delà de ce qui est dit sur le papier, il est quand même clair, que dans un régime présidentiel, quand le Premier ministre est plus puissant que le Président de la République, on court le risque de perturbation dans la gestion des affaires de l’Etat.

Le Président Diomaye Faye peut accepter volontiers, de laisser le Premier ministre Ousmane Sonko gérer les grands dossiers de l’Etat, mais il devra alors s’attendre à une forte ingérence de ce dernier dans les prérogatives du Président de la République.
Ousmane Sonko a certes la légitimité historique et sociologique, mais c’est Diomaye Faye qui détient la légitimité électorale, et il doit comprendre que le paquebot présidentiel est sous sa guidance, et c’est encore lui qui devra rendre compte aux Sénégalais.
Pour éviter toute confusion au sommet de l’Etat, il faut impérativement régler les interactions entre l’Etat et le Parti, la Primature et la Présidence. D’ailleurs lorsque le Premier ministre et chef du Parti présidentiel Ousmane Sonko avait annoncé ses voyages au Mali, au Burkina et au Niger, on s’était dit qu’il y a quelque chose qui est en train de se passer dans ce pays. Il ne sert à rien de s’allier à des souverainistes de circonstance, car les militaires qui ont pris le pouvoir dans ces pays ne sont pas porteurs d’un projet de développement, ni d’une idée claire sur le devenir de l’Afrique.
Ousmane Sonko est encore libre de dérouler le tapis rouge à Jean Luc Melenchon, mais il doit aussi comprendre, que le discours un peu décalé de ce dernier, symbole de la France insoumise et nouveau chantre de la révolution citoyenne, ne fait pas de lui un défenseur de l’Afrique, encore moins un pourfendeur des intéréts de la France dans le monde. La politique étrangère de la France est gaulliste, et tous les Présidents de ce pays sont tenus de se soumettre à cette doctrine qui est l’épine dorsale de la diplomatie française. Il faut une très grande intelligence politique, pour réussir la diplomatie d’un Etat, surtout dans un monde incertain, marqué par les rivalités entre grandes puissances, sur fond de tensions géopolitiques, et de conflits localisés. Pour faire de bonnes affaires dans le marché de la diplomatie, il faut de la fermeté et du caractère, mais aussi du tact et de la lucidité.
Maintenant s’il est avéré que le Premier ministre du Sénégal est une personne qui exerce tout ou partie des prérogatives du Président de la République, comme on a essayé de nous le faire croire, alors tout ce que dit ou fait Ousmane Sonko, en tant que chef du Parti présidentiel et Premier ministre, devrait forcément engager le Président Diomaye Faye et l’Etat du Sénégal. On comprendrait alors mieux les positions de Ousmane Sonko, s’il n’était pas dans le Gouvernement de Diomaye Faye. On peut ainsi dire que c’est la position de Ousmane Sonko dans la haute sphère de l’Etat qui est conflictogène. Même si certains pensent, que c’est lui qui a été élu à travers Diomaye Faye, le respect des formes a son importance en République.
Ce qui se passe actuellement au Sénégal est inédit, et nous devons éviter de confondre les responsabilités du Président de la République et les attributions du Premier ministre, sinon on risque tout bonnement de compromettre l’avenir de ce pays. On attend certes de Pastef des ruptures sur beaucoup de questions, mais à condition que les rôles soient bien définis, dans la clarté et la transparence et pour le bien du pays. A l’instar de la démocratie qui fait le prestige de notre pays dans le monde, la stabilité institutionnelle doit également être érigée au rang en valeur. Nous avons ainsi mille raisons de comprendre, que c’est le Président de la République qui garantit le bon fonctionnement des institutions, et non le Premier ministre. On a de plus en plus des craintes sur la gouvernance de ce pays, et nous devons éviter à tout prix, de le mener dans l’impasse, pour des questions de préséance et de légitimité. Babacar Papis Samba- La Pensée complexe.

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