Le Paradoxe Pastef : Gouverner sans gouverner, s’opposer sans partir

La situation actuelle révèle une contradiction majeure : on ne peut pas se réfugier au parlement, demander aux ministres proches de Pastef de quitter leurs fonctions “par cohérence politique”, tout en maintenant les députés Pastef dans une Assemblée nationale devenue le principal levier de pression contre l’exécutif. Si Pastef dit ne plus participer au gouvernement, la logique politique devrait aller jusqu’au bout : soit il assume une posture d’opposition institutionnelle complète, soit il négocie une cohabitation claire. Le flou actuel nourrit la crise.Le problème central est que le tandem Diomaye/Sonko, qui avait porté l’espoir de rupture en 2024, semble s’être transformé en duel de légitimité. Diomaye détient la légitimité présidentielle ; Sonko conserve une forte légitimité militante, parlementaire et populaire. Après le limogeage de Sonko le 22 mai 2026 et la dissolution du gouvernement, Sonko a été élu à la tête de l’Assemblée nationale avec une très large majorité, ce qui installe deux centres de pouvoir concurrents au sommet de l’État. Le risque est institutionnel : un président sans majorité politique fidèle à l’Assemblée peut gouverner, mais difficilement. Pastef disposerait d’une forte majorité parlementaire, environ 130 sièges sur 165, et pourrait bloquer les textes, censurer le gouvernement ou ralentir les réformes. Aucun exécutif ne peut durablement survivre si sa majorité devient hostile, surtout dans un contexte économique tendu.Le risque est aussi économique. Le Sénégal est sous pression avec la suspension du programme FMI de 1,8 milliard de dollars après la révélation de dettes mal déclarées ; les négociations doivent reprendre dans un climat politique déjà fragile. Si l’Assemblée devient un instrument de confrontation, les bailleurs, les investisseurs et les ménages sénégalais paieront le prix de l’incertitude.Sur le fond, Sonko fait face à un choix difficile : soit il fait profil bas au nom de l’intérêt supérieur de la nation, accepte que le président exerce pleinement sa fonction et transforme Pastef en force de contrôle responsable ; soit il engage un bras de fer parlementaire, au risque d’apparaître comme celui qui bloque le pays après avoir contribué à porter Diomaye au pouvoir. Mais Diomaye aussi doit assumer sa part : gouverner contre le parti qui l’a porté peut paraitre légal, mais politiquement explosif.Le vrai danger n’est pas seulement la rupture entre deux hommes. C’est la paralysie de l’État : budget bloqué, réformes retardées, nominations contestées, rue remobilisée, administration divisée, partenaires extérieurs méfiants. Dans ce scénario, le Sénégal entre dans une zone trouble où chacun parle au nom du peuple, mais où le peuple subit l’instabilité.A mon avis, la sortie raisonnable serait une clarification nette issue d’un pacte institutionnel, d’une cohabitation assumée, ou un retour devant le Conseil constitutionnel si les blocages deviennent ingérables. Ce qui serait irresponsable, c’est de laisser durer un pouvoir bicéphale où l’exécutif gouverne sans majorité loyale et où la majorité parlementaire contrôle sans assumer les conséquences nationales.

 

Pa Jobe

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