Méouane – Difficile cohabitation entreprises minières et populations : Les impactés listent leurs maux

Méouane – Difficile cohabitation entreprises minières et populations : Les impactés listent leurs maux

Les populations de Méouane, un arrondissement du département de Tivaouane qui abrite plusieurs exploitations minières dont les plus connues sont la Grande Côte operation (Gco), les Industries chimiques du Sénégal (Ics) et les carrières, attirent l’attention du président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, et de son Premier ministre, Ousmane Sonko, sur de «réels problèmes engendrés par la cohabitation de ces entreprises et des populations riveraines».

Par Cheikh CAMARA – Regroupées au sein des observatoires territoriaux sur le secteur extractif des communes de Darou Khoudoss, Mboro et Taïba Ndiaye, les populations ont tenu un point de presse, ce 5 mai 2024, à Darou Khoudoss, pour attirer l’attention du gouvernement sur «l’exploitation des ressources extractives au Sénégal en général, et dans l’arrondissement de Méouane en particulier».

Dr Alioune Babou, coordonnateur départemental du Forum civil de Tivaouane, et Lamine Diakité, coordonnateur départemental de l’Observa-toire territorial sur le secteur extractif (Otse), et leurs camarades listent quelques risques : «Le transport des produits dangereux qui se déversent sur la route qui traverse les communes, les fuites de gaz périodiques qui détruisent les plantations et les arbres fruitiers entrainant un manque à gagner sur les récoltes des paysans, le non-respect des obligations environnementales, notamment le contrôle périodique sur la qualité des eaux, du sol et de l’air prévu par les conventions minières des Ics, le non-respect des dispositions de la loi sur le contenu local, notamment en termes d’emploi, la non-opérationnalisation des fonds destinés aux collectivités territoriales (Fonds d’appui et de péréquation, Fonds d’appui au développement local).»

Et fortes de tous ces constats, ces populations invitent les entreprises minières à «respecter leurs obligations légales et contractuelles, notamment les études périodiques sur la qualité des eaux, du sol et de l’air prévues par les conventions minières et leurs publications» ; à «respecter les engagements financiers, sociaux et environnementaux, et une plus grande transparence dans la gestion des dépenses sociales non obligatoires (Rse), avec une plus grande implication des autorités locales, comme stipulé par les dispositions de l’article 32 de la loi 2021-28 du 15 juin 2021, sur l’économie sociale et solidaire» ; à «mettre leurs installations aux normes requises afin d’éviter les échappées de gaz, au cas échéant, prendre les dispositions nécessaires pour une indemnisation juste et équitable à la hauteur des dégâts causés» ; à «trouver avec l’Etat du Sénégal les moyens de construire une voie de contournement des camions qui transportent les produits dangereux vers ces exploitations».Aux autorités locales, l’invite est très claire : «La consolidation de l’intercommunalité pour une meilleure prise en charge des problèmes liés au secteur extractif dans leurs démarches quotidiennes de satisfaction des besoins des populations, une meilleure planification de nos besoins prioritaires pour mieux capter le fonds d’appui au développement local, à veiller à la redevabilité en cas d’effectivité des fonds, notamment les projets d’autonomisation des femmes et des jeunes.»
Aux communautés, ces populations invitent à «avoir une posture de veille et d’alerte citoyennes pour un suivi permanent des obligations des uns et des autres». Elles disent soutenir et encourager l’Etat du Sénégal dans sa volonté de «renégocier les contrats miniers» et lui demandent de «situer les responsabilités sur les conclusions de la Cour des comptes sur les affaires citées». Aussi lancent-elles un appel aux communautés à «faire un suivi permanent des engagements des entreprises et des autorités». La tenue de cette rencontre, rappellent les coordonnateurs des Observatoires territoriaux sur le secteur extractif (Otse) de Darou Khoudoss, Mboro et Taïba Ndiaye, s’inscrit dans un contexte particulier marqué par «la publication du rapport de la Cour des comptes sur «le contrôle des recettes issues du secteur minier 2015-2018» dont les conclusions dressent un tableau sombre de la gestion de nos ressources extractives». Il y a aussi «la volonté des autorités nouvellement élues de renégocier les contrats miniers en vue d’une meilleure prise en compte des intérêts de l’Etat du Sénégal» ; «le séjour, au Sénégal, du Président Directeur général du groupe «Indorama» dont les conventions minières Toben-nord et Toben-sud, octroyées depuis le 15 septembre 1999, arrivent à expiration le 15 septembre 2024».

Ces observatoires territoriaux sur le secteur extractif, des mécanismes citoyens mis en place de façon inclusive pour défendre les droits des communautés à travers le dialogue et la concertation entre les acteurs du secteur extractif, notamment les populations, les autorités et les entreprises, ont pour missions de «faciliter le dialogue entre les entreprises et les communautés (populations et collectivités territoriales)» ; de «recueillir des données sur l’exploitation minière ou pétro-gazière de la zone d’installation» ; d’«analyser et de partager les données avec les populations locales» ; de «faire de la sensibilisation sur les revenus issus de l’exploitation minière et pétro-gazière» ; de «faire le plaidoyer pour le respect des obligations contractuelles et légales des entreprises» ; de «veiller à l’application correcte de la Responsabilité sociétale d’entreprise au niveau local» ; de «développer des initiatives pour un suivi environnemental efficace» ; de «veiller au respect des droits humains dans les zones d’exploitation minière et pétro-gazière».

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